Les personnages ne nous appartiennent pas tout à fait.
ll y a un moment, dans l’écriture, où les personnages cessent d’être des idées.
Au début, on les imagine.
On leur donne un prénom, une histoire, un corps, des gestes, parfois une blessure.
On croit savoir où ils vont.
On pense pouvoir décider pour eux.
Puis une phrase résiste. Une réaction nous surprend.
Un personnage refuse de prendre le chemin qu’on avait prévu.
Alors, il faut reprendre. Écouter davantage.
Comprendre ce qui se joue derrière un silence, une colère, une absence.
C’est peut-être ce que j’aime le plus dans l’écriture : cette part qui échappe.
Je construis des situations, je cherche les mots, je déplace des scènes. Mais je ne maîtrise jamais tout à fait ce qui apparaît entre les lignes.
Dans Nuit Blanche, quatre personnages avancent avec ce qu’ils n’arrivent pas à déposer.
Un deuil, une culpabilité, une foi qui questionne, une douleur tenue secrète.
Ils ne se ressemblent pas.
Ils ne traversent pas la nuit de la même manière.
Pourtant, en les écrivant, je découvre peu à peu ce qui les rapproche.
Je ne cherche pas à les rendre exemplaires.
Encore moins à leur trouver des réponses faciles.
J’essaie de les laisser être humains : contradictoires, maladroits, parfois injustes, capables aussi de gestes inattendus.
Écrire, pour moi, ce n’est pas décider de ce que les autres devraient ressentir ou devenir.
C’est essayer de comprendre comment ils continuent à vivre avec ce qui leur est arrivé.
C’est aussi pour cela que j’écris.