Aurélie Louiset

Nuit Blanche

«La chouette était la seule chose du noir qui ne lui faisait pas peur. »

Gabin a six ans. Il voit les gens en couleurs, et ceux qui ne sont plus là.
Noor est arrivé trente minutes trop tard. Il n'a pas cessé de partir depuis.
Victor croit. Pour lui, tout est un signe, même ce qui n'en est pas un.
Alice sourit : c'est sa façon de ne rien dire.

Quatre personnes que la nuit tient éveillées, l'hiver, dans une station de ski.

Un roman sur le deuil, sur ce qu'on tait, et sur le besoin d'un lien sincère.

Recit initiatique | Roman court.

Les quatre voix

Quatre trajectoires singulières. Quatre façons de traverser la nuit. Un enfant qui perçoit l’invisible, un homme prisonnier du passé, un croyant en quête de sens et une femme qui se tait.

Gabin

Il a six ans et déjà beaucoup de répartie. Là où les adultes ne voient que l’ombre d’un arbre ou le silence d’une chambre, Gabin perçoit autre chose. Les morts ne lui sont pas tout à fait étrangers. La nuit, pourtant, lui fait peur. Une seule présence l’apaise : une chouette qu’il n’aperçoit jamais, mais dont le hululement revient, fidèle, comme si quelqu’un veillait sur lui.

Noor

Noor travaille au rythme des saisons, dans l’univers de la montagne et des pistes. Il avance, change de lieu, recommence. Mais depuis cinq ans, quelque chose en lui est resté au même endroit : le moment où il a retrouvé son meilleur ami mort, trente minutes trop tard. Depuis, il fuit ce qu’il ne peut pas réparer. Il porte son deuil comme une faute et ne sait plus très bien comment vivre sans elle. Jusqu’au jour où une rencontre vient déplacer ce qu’il croyait immuable.

Victor

Victor veut croire qu’une direction existe, qu’une vie peut répondre à un appel. En entrant au séminaire, il cherche dans la foi un chemin à suivre. Les versets, les coïncidences et les événements prennent pour lui une signification particulière. Mais à force de vouloir déchiffrer les signes, il risque de ne plus voir les êtres qui se tiennent devant lui. Entre la croyance, la culpabilité et la responsabilité, Victor devra apprendre qu’une conviction ne dispense jamais de se remettre en question.

Alice

Alice travaille à la réception d’un hôtel cinq étoiles. Elle sait accueillir, répondre, garder la bonne distance. Elle sait aussi donner le change. De retour de Medellín, elle rapporte avec elle une agression dont elle n’a parlé à personne. Ce qu’elle a vécu reste enfermé derrière les gestes du quotidien et les mots qu’elle choisit de ne pas prononcer. Mais le silence n’efface rien.

Avertissement de contenu

Ce roman décrit frontalement une agression sexuelle et une mort par overdose. Il aborde la consommation de drogues et une sexualité explicite, et porte un regard critique sur les milieux religieux conservateurs. Ces sujets ne sont pas édulcorés.

Chapitre 29 - Noor

« Salut mec.
Je t’écris enfin cette lettre. Et pourtant ça aurait dû être fait avant.
La psy me l’avait demandé.
J’ai passé deux ans à parler à cette meuf pour essayer d’oublier la dernière fois où je t’ai vu.
Ou plutôt comment je t’ai vu.
Putain. Je suis vraiment toujours en colère contre toi.
Ce concert aurait été incroyable ! -M- c’est le mec qui envoie en live.
Finalement j’ai pu le voir aux Francos.
J’avais hésité à y aller. Ça fait cinq ans que tout ce que t’aurais aimé, j’essaie de l’éviter.
C’est un peu con. On me dit de vivre pour toi, de faire honneur à ta mémoire.
Mais faire honneur à qui ?
Mon pote d’enfance avec qui j’ai partagé mes meilleurs concerts, mes premiers voyages en sac à dos, mes pires partiels, celui qui m’a accueilli dans sa famille.
Ou le tox, celui qui consomme, celui qui ment, celui qui deal pour s’en payer, celui qui a une deuxième vie loin de celle que ses proches connaissent.
Je pensais qu’on se disait tout.
Je pensais que t’aimais ça parce que c’était fun en soirée.
Je pensais que t’avais des rêves, de l’ambition. Je pensais qu’on allait voyager.
J’ai même pas douté une seule fois de partager ma vie avec toi. T’étais mon frère.
Tu vois j’écris au passé et ça me coûte.
Je suis encore posé sur ce foutu toit. J’ai encore trop fumé ce soir.
Mais c’est marrant parce qu’avant ce que t’as fait, mes seules drogues c’étaient les randos, le snow et l’escalade.
Je respirais vraiment. J’avais pas peur des idées dans ma tête.
Ma vie coulait, simplement, avec toi.
Ça fait cinq ans que j’ai plus vraiment de potes.
La psy m’a dit que ça prendrait du temps pour faire confiance.
Combien de temps ?
Je suis pas un philosophe moi. Je suis pas un croyant, Sam.
Comment je suis censé gérer ça ?
Je me sens seul.
Pourtant je suis tellement entouré. Je suis le mec sympa. Celui qui se prend pas la tête.
C’est tellement ironique.
Et je me sens con là. Écrire une lettre à un mort. Sérieusement.
On n’est pas censé mourir à vingt et un ans.
Surtout comme ça.
C’est la faute de personne. J’ai pas de coupable à blâmer.

C’est de ta faute.

Tu me manques quand même.

On fera jamais tout ce qu’on avait dit.
Ingénieur chimiste en Nouvelle-Zélande, au Canada, en Afrique du Sud.
On aurait pu grimper tellement de parois ensemble. Découvrir la neige fraîche du bout du monde.
On aurait pu tomber amoureux.
J’aurais kiffé avoir une copine qui aime la tienne.
Mais depuis, j’ai plus de sentiment. J’arrive pas à aimer les gens comme ils m’aiment.
Je laisse une distance. C’est plus facile.
Même tes parents, j’y arrive plus.
Ça fait quatre ans que je les laisse en vue.

J’aimerais bien que tu me répondes quand même.

Je m’ennuie de toi.

Noor »

Le renard était toujours là.
Humant la neige fraîche qui continuait de tomber.
Insensible aux perles d’eau glacé sur sa fourrure.
À travers la rambarde de bois, ses yeux perçants fixaient Noor.

Formats et liens d'achat

Nuit Blanche paraît en janvier 2027, en auto-édition.

  • Broché, 15 × 22 cm, environ 100 pages
  • Ebook

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La playlist du roman

Les morceaux qui traversent les chapitres, d'Orelsan à What a Wonderful World joué au piano dans un bar de station.

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